Ma chère Jany,
Je t’écris une lettre comme nous avions l’habitude de le faire lorsque je vivais en Espagne. Aujourd’hui je pense à toi avec un tremblement de cœur car je sais que tu
ne me répondras pas.
Alors je vais te raconter une dernière fois comment tu vis encore à l’intérieur de moi.
Je repense à nos déambulations joyeuses dans Montmorency et dans le parc pour enfant où tu nous emmenais avec Valentine. Je pense aux journées passées dans ton appartement. Je pense à Charlot et au poétique Roi et l’Oiseau que l’on regardait
assises dans ton fauteuil, pendant que tu faisais de la couture sur la table encombrée derrière nous. Je revois les nombreuses plantes près de la fenêtre. Ta jungle intérieure qui fascinait tant Valentine. Je retrouve la chambre d’enfant dans laquelle nous avons passé beaucoup de temps à construire des histoires avec les petits objets sur le tapis blanc en laine de mouton ou dans la maison de poupée.
Tu étais là à tous nos anniversaires et aux réveillons de Noël avec tes nombreux colliers, tes vêtements de couleurs, ton rire désapprobateur quand une blague douteuse fusait.
Je me rappelle la lumière chaude du jour qui entrait par les petits trous rectangulaires du rideau automatique que tu ne baissais pas complètement. Je contemplais la chambre en attendant que Valentine et toi vous réveilliez, j’étais excitée de commencer la journée avec vous. Depuis ces jours, je ne ferme jamais totalement les volets. C’est une façon de me réveiller avec toi.
Tu seras toujours notre Marie Popins, aujourd’hui tu t’envoles avec ton sac de nourrice et ta canne vers les étoiles.
Je te souhaite de t’y reposer, le cœur rempli par les rires des enfants que tu as élevés.
Je t’embrasse,
Anna